Castel Béranger chef-d’oeuvre de Guimard

Castel Béranger chef-d'oeuvre de Guimard 

Castel Béranger est une commande de madame Fournier en 1898. Cette dernière fait en effet confiance en cet architecte alors âgé de 27 ans. Le quartier est alors très excentré. Auteuil est alors un faubourg populaire constitué de maisons de villégiatures avec quelques usines et des entrepôts. Madame Fournier désirait construire un immeuble avec des appartements à loyers modérés. Guimard réalisa un immeuble en U doté de 36 appartements.

Au Castel Béranger construit au 14 rue La Fontaine en 1898, il a déjà allié la pierre à la brique par un jeu de contraste. Les Parisiens ne connaissaient pas cette esthétique-là à cette époque. Mais ce simple contraste de matière ne lui suffit pas. Il parvient à convaincre la commanditaire, la veuve Fournier, de décorer les balcons et le portail de lignes en "coups de fouet de fonte". Ces dernières dynamisent considérablement l'ensemble. Deux colonnes de pierres ornent l'entrée qu'encadrent de belles pierres de meulière. Cela contraste avec le matériaux utilisé pour le portail: de grandes courbes dissymétriques en fer. Guimard utilise ce même fer pour les balcons qu'il orne de chimères et d'hippocampes. Ce décor annonce l'hôtel Mezzara.

La lecture des façades laisse deviner la distribution intérieure. Tout d'abord, les bow-windows autorisés à Paris depuis 1893, indiquent que Guimard a doté les appartements de salons ou de pièces de réception. Les fenêtres placées en diagonales indiquent l'escalier et les petites fenêtres, des cabinets de toilette. Cette disposition rationnelle montre que Guimard applique les théories rationalistes de Viollet-le-Duc. Elles est aussi d'une grande modernité.

Paul Signac qui a habité l'hôtel, a longtemps admiré les céramiques et mosaïques de l'entrée. Ce dernier, qui a aussi travaillé au "Ceramic Hôtel" a orné l'entrée de céramique à décor de "coup de fouet". Ces derniers apparaissent comme des coulures de lave de grotte naturelle. Le style Art Nouveau est partout présent dans l'immeuble.

On découvre alors des masques de gargouilles ou des chimères et hippocampes. Des sphinx gardent l'entrée de la cour. Ces motifs sont à la fois une relecture du passé mais aussi un éloge de la modernité par leur invention décorative.

La cage d'escalier est ornée d'une rampe de même dessin, avec de petits sièges d'angles situés à chaque demi étage. Guimard a même installé une cabine téléphonique près de la loge de la concierge. Enfin, à l'intérieur, les papiers peints et vitraux s'harmonisent avec les lambris de bois où la tige végétale domine, comme sur les décors des façades. Tous les détails sont œuvre d'art, du dessus de porte en vitrail, à la poignée de porte en porcelaine ou en fonte.

Cette réalisation choque d'abord les parisiens qui ne sont pas habitués à ces nouvelles formes. Mais finalement Madame Fournier loue en 6 mois les 36 appartements, non pas à des artistes mais à des bourgeois séduits par la clarté et la parfaite commodité des appartements. Ainsi le castel Béranger lui apporte la gloire, un prix, celui de la "plus belle façade de Paris" et de nombreuses commandes. De même pour la villa Berthe au Vésinet, la Maison Coilliot à Lille et de nombreuses autres villas dans les Hauts-de-Seine ou au Calvados. Enfin lorsqu'on lui demande d'où il tire son inspiration, il répond qu'il la tient de l'observation de la nature. En effet, cette dernière relève selon lui de trois principes: la logique, l'harmonie et le sentiment.

C'est à cette époque que Guimard s'entoure de collaborateurs, tels que des artisans ébénistes. Ces derniers réalisent les meubles et les boiseries qu'il dessine sans cesse. Les dessins conservés nous montrent des meubles faits de courbes et de contrecourbes dans lesquels il privilégie une fois de plus l'asymétrie. Et c'est avec cette équipe d'artisans qu'il édite quantité de petits meubles, mais aussi des chambres et des salles à manger entières. On peut en voir deux exemple, l'un au musée de Lyon, et l'autre au Petit Palais à Paris. Mais à la guerre de 14, ses clients aisés se sont dispersés. Il doit fermer son atelier pour des raisons financières. Sa production mobilière s'arrête presque instantanément.

Pour en savoir plus:  : http://www.europexplo.fr/hector-guimard-a-paris/

Aller à la barre d’outils