Les églises baroques de la Tarentaise

Les églises baroques de la Tarentaise. Cette vallée qui se dessine par le Beaufortain et le massif de la Vanoise abrite des chapelles magnifiques. D'un aspect extérieur sobre, leur intérieur contraste par la beauté de leur décoration. En effet, on y voit un décor sculpté et peint de grande qualité. Des artistes renommés issues de Savoie ou d’Italie y ont réalisé des décors peints et des sculpture de grande qualité. Leur iconographie répond aux exigences catholiques de la Contre-Réforme. Aussi, figures de saints, représentation de la Vierge et du Rosaire, et tabernacles décoré en sont les grandes caractéristiques.

Les églises baroques de Savoie sont toujours très sobres de l'extérieur. Munies d'un clocher et d'une porte parfois très décorées, elles contrastent souvent par la richesse de leur décor intérieur. La plupart sont construites à l'emplacement d'anciennes églises romanes devenues trop petites. C'est le cas de l'église saint Bon à Saint-Bon-en-Vanoise. D'autres sont des aménagements et restaurations de la Contre-Réforme, destinées à montrer aux fidèles que la religion catholique est la seule valable dans la culture chrétienne. En effet, Luther et Calvin, révolté par le commerce catholique des Indulgences ont voulu dès les années 1536 réformer l’Église. Ainsi ils protestèrent contre le pouvoir du pape, la hiérarchie des ecclésiastiques, le culte des saints et de la Vierge. Mais leur plus grande protestation est le principe de la transsubstantiation, croyance de la présence réelle du Christ dans l'ostie.

Face à ces protestations, l''Eglise catholique réagit d'abord de manière violente et les premiers pasteurs furent assassinés. Puis elle prit position en réunissant un Concile dans la ville italienne de Trente en 1545. Dans ce cadre, elle tenta d'apporter une réponse à toutes ces questions soulevées par la Réforme. Face au manque d'instruction des prêtres, elle crée des séminaires. Puis elle réaffirme l'importance du Purgatoire, de l’intercession des saints et de la Vierge Marie. Enfin elle rappelle au cours de l'Eucharistie, que le pain devient corps du Christ et le vin, sang du Christ. C''est ainsi que les retables baroques des églises de Maurienne ont toujours de magnifiques tabernacles. C'est le cas du tabernacle de l'autel principal de saint Martin de Belleville. Ce dernier magnifiquement ouvragé, comporte une niche qui abrite des sculptures dorées représentant la Cène.

Les ecclésiastiques savaient bien que les chrétiens n'étaient pas tous instruits et qu'il fallait donner de l'importance à l'image. Aussi créèrent-t’ils un catalogue de symboles et images qui fassent passer les idées qu'ils comptaient transmettre. Par ailleurs, les catholiques pensaient que si la Terre était profane, quelques endroits pouvaient aussi être des lieux où rencontrer Dieu. 'Les ecclésiastiques décidèrent que ce serait l'église et l'on y concentra les représentations de la Vierge et des saints.

Pour mieux les voir, les nefs restèrent simples et bien éclairées. Les fenêtres furent dénués de vitraux afin de laisser passer la lumière divine. Enfin, les jubés disparurent pour ouvrir le chœur. Cela permit d'installer à l'entrée du choeur une « poutre de Gloire » sur laquelle le Christ en croix entouré de St Jean et Marie est représenté en sculpture de bois peint.

Par ailleurs, on construisit de nouvelles églises soit de forme rectangulaires soit de forme centrée couronnée d'une coupole peinte. C'est le cas de l'église Notre-Dame de la Vie perchée sur la haute vallée du Doron de Belleville. C'est aussi le cas de l'église Notre-Dame du Tout Pouvoir de Bozel.

Quelques unes furent dotées de chevet plat afin d'y apposer un retable. Cette caractéristique du baroque permet de montrer des images peintes et sculptées à la fois.

En Savoie entre 1600 et 1700, un certain nombre d'images sont récurrentes. La Vierge tout d'abord. Elle est représentée soit lorsqu'elle monte au ciel (l'Assomption) soit lorsqu'elle est couronnée. Dans ce cadre, le thème du Rosaire revient souvent. C'est un ensemble de 4 chapelets qui forment un ensemble de prières dédiées à Marie. Sur les retables, il se dessine sous forme d'une image centrale représentant la Vierge, entourée de médaillons représentants les différentes étapes de sa vie ainsi que celle du Christ. Au-dessus de cette figuration, l'Assomption ou le Couronnement sont souvent représentés.

Puis viennent les figures de Saint Pierre, saint Paul ou saint Joseph, fondateurs de l'Eglise ou patron des charpentiers, nombreux dans ce pays de forêts. Le retable du Rosaire de l'église saint Sigismond de Champagny-en-Vanoise en est un vivant exemple. Il s'agit d'une œuvre de François Cuenot, artiste franc-comtois installé à Annecy qui œuvra beaucoup dans la région dans les années 1630. On peut également citer le magnifique autel du Rosaire de Jean-Marie Molino sculpté en 1689 dans la chapelle de saint Bon.

Ces retables retro-tabula, situés derrière la table d'autel peuvent aussi figurer les saints patrons locaux. En premier lieu saint Sébastien ou saint Roch. Ces derniers incarnent par leur vie chrétienne la guérison miraculeuse provoquée par la foi. Saint Sébastien fut guéri des flèches que les bourreaux lui lancèrent sur les ordres de Docliétien. Saint Roch guérit miraculeusement de la peste. Or c'est bien cette maladie qui toucha particulièrement la Savoie à partir de 1630. A cette époque, les ducs de Savoie qui possédaient également la Sardaigne étaient puissants et indépendants. Mais régulièrement, les troupes françaises qui voulaient s'assurer le passage vers l'Italie faisaient des incursions dans ces montagnes et apportaient la maladie.

Viennent ensuite Saint Dominique et sainte Catherine de Sienne. Cette dernière était une vierge dominicaine qui puisa dans son amour de Dieu l'énergie pour ramener le pape d'Avignon à Rome. Cette conscience de l'importance des prêtres et de la papauté va dans le sens de la Contre-Réforme. Mais elle est aussi celle qui prie pour les malheurs du monde. On la retrouve notamment sur l'autel des âmes du Purgatoire de l'église de saint Bon.

Puis viennent toutes sortes de saints, généralement protecteurs des troupeaux. Par exemple, saint Guérin protège les vaches en apposant une clé sur leurs têtes avant qu'elles montent dans les hauts pâturages. Saint Antoine protège les mules, saint Saturnin, les moutons. Saint Aubin protège les nourrissons, saint François de Sales les bébés qui viennent tout juste de marcher, saint Nicolas les enfants plus grands. Cette protection de l'enfance s'explique par la précarité des familles due à la mortalité infantile.

La majorité de ces images sculptées et peintes sont scandées de magnifiques colonnes-torses. Ces dernières sont issues des colonnes du baldaquin de saint Pierre de Rome dessinées par le Bernin. Elles symbolisent les méandres de la foi qui mène à Dieu. A l'inverse, elles évoquent aussi la manière dont Dieu nous envoie mystérieusement sa lumière. Chaque colonne est ornée de feuilles de lierre, de rose ou de grappe de raisin. Chaque sculpteur a son style et privilégie un type d'ornement.

Par ailleurs, les anges sont partout présents. Ils couronnent la Vierge ou accompagnent l'Esprit Saint. Ils sont aussi là pour remplir les vides que les retables baroques se refusent d'accorder.

Au XIXe siècle, quelques textes terribles furent écrits pour dénoncer cet art baroque. On parle d'églises « engluées de décors rococos » par des « barbares venus d'Italie qui n'avaient pas de goût ». On parle alors d'une infection d'anges joufflus et ventrus ». En effet, le baroque n'avait pas d'amateurs en 1850. Les courants romantiques et troubadours préféraient le gothique presque en ruine. Aussi fallut-il attendre les années 1950 pour qu'on prenne conscience de ce patrimoine baroque savoyard. En Savoie, le rôle de Michel Barnier fut important. Depuis 1980, on commença à restaurer ce patrimoine merveilleux. Puis, avec les Jeux Olympiques de 1992, on profita de l'enveloppe culturelle que dégageait le cahier des charges des JO, pour les allouer aux églises. Les communes et associations ainsi que les régions firent un effort très appréciable pour qu'on puisse admirer ces églises restaurées aujourd'hui.

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